Carnet et impressions de voyage …



Départ le 2 mai 2016, à 6h10, de la gare Saint Agne à Toulouse

Dans le train pour Bayonne, au milieu des travailleurs ou lycéens qui se préparent à une journée de travail, mon esprit est encombré de multiples pensées : les détails matériels du voyage, une légère angoisse devant cette petite aventure, surtout l’inquiétude de ne pas savoir comment mon corps et mon esprit vont réagir à ce nouveau mode de vie cumulant beaucoup d’effort physique, de la solitude, une nouvelle nourriture et de possibles épreuves.

Je contemple un long moment le spectacle magique des crêtes pyrénéennes qui s’illuminent de rose au soleil levant, une belle récompense pour les lève-tôt.



11h00 : je débarque à Bayonne puis je charge soigneusement les bagages sur le vélo : ça y est, je suis vraiment parti. Mes yeux s’écarquillent devant le kaléidoscope des maisons le long de la Nive.





13h00, Tarnos

Après un trajet compliqué pour sortir de Bayonne, j’arrive sur la plage ; mon regard se perd dans l’infini de celle-ci et de l’océan. Je commence vraiment à décrocher ; à l’inverse du grand vélo rouge qui m’accompagne vigoureusement, le petit vélo dans ma tête commence à bien se calmer ! Je mets les pieds dans l’eau bien fraîche pour mieux m’immerger dans ce milieu régénérant.

15h00, Tarnos

Dans la forêt de pins, je roule à bonne allure sur la longue piste qui va mener jusqu’à Soulac, à l’estuaire de la Gironde. Je suis aussi bien que je l’attendais, je roule sans effort, au calme, environné des parfums de pin, de genêt, quelquefois mêlés de senteurs marines, mon esprit commence à vagabonder devant ce spectacle « zénifiant ».

18h00, Capbreton

J’arrive dans mon premier gîte, un improbable « lodge », refuge pour surfers de tous pays dans lequel je fais figure de vieil animal exotique, mais fort bien accueilli.



3 mai, Capbreton à Lit-et-Mixe

Cette première journée entière de rando (70 km) me semble trop dense, je n’ai pas eu assez de temps pour flâner ; j’ai traversé des paysages finalement assez variés : Hossegor, ses belles villas et son lac, beaucoup de forêt bien sûr, plusieurs pauses en bord de mer sur des plages qui ont toujours le même aspect mais dont je ne me lasse pas et l’arrivée dans l’arrière pays landais qui a son caractère propre, bien différent de la côte. Nuit en chambre d’hôte, à l’ancienne, chez un couple de retraités.

4 mai, Lit-et-Mixe à Biscarosse

Belle et chaude journée qui a commencé par l’achat indispensable de crème solaire ! Puis des pins, du sable, de l’océan... des pins, du sable, de l’océan où je me baigne (très vite!), du sable où je me couche, des pins et… un lac ! Nouvelle ambiance mais premier incident puisque, suite à une erreur de navigation, je me suis trompé de lac et je dois pédaler 22 km de plus que prévu pour rejoindre mon hôtel. Je rumine ma contrariété, mais je suis finalement rassuré de ne pas avoir à imposer mon étourderie et ces 22 km supplémentaires à un éventuel compagnon de voyage. Nuit dans un petit hôtel doté d’une piscine dont je ne pourrai profiter que le lendemain matin.

5 Mai, Biscarrosse, au Pyla-sur-mer

Je découvre les deux lacs de Biscarrosse et ses dizaines de petits lieux enchanteurs : petites plages sous les pins, canaux mystérieux, chemins bucoliques en forêt et genêts en fleur. Nuit chez des amis.

6 mai, Le Pyla-sur-mer à Lacanau

Une belle journée qui commence par la traversée du bassin d’Arcachon en bateau, puis la visite du Cap Ferret et de ses très belles villas et qui se poursuit par… des pins, du sable, de l’océan… qui ne me lassent toujours pas. Mes petits maux physiques s’estompent : moins mal aux fesses, pas de fatigue, mais un genre de petite crampe à l’estomac ou au diaphragme qui disparaîtra petit à petit. Je commence à m’installer dans une sorte de routine, sachant rapidement trouver chacun des objets que je transporte, maintenant habitué à mon système de navigation GPS.

Je dors dans une très mignonne petite cabane, dans un grand lit que j’aurais bien aimé partager ce soir-là !























7 mai, Lacanau à Soulac-sur-mer

Une journée au bout du monde dans cette pointe du Médoc, des pistes et des plages désertes, de longues lignes droites, un domaine idéal pour celui qui veut se retirer du monde et du bruit. Et l’arrivée à Soulac, village que j’aime tant avec ses villas kitch si gaies et si originales ; j’y passerai une douce soirée bien agréable sur ce front de mer très animé ce samedi de l’Ascension, avant de rejoindre un petit hôtel au coeur de la ville.



8 mai, Soulac à La Tremblade

Ambiance étrange ce dimanche matin à Soulac, si animée hier soir, car la ville est quasi déserte, quelques militaires s’affairent à préparer les festivités du 8 mai. Je roule quelques kilomètres vers ce bout du monde qu’est la Pointe de Grave où je retrouve nombre de mes congénères motorisés pour prendre le bac pour Royan. Le parcours de cette journée sera très varié depuis cette cité balnéaire très bétonnée jusqu’aux marais de la Tremblade en passant par les grandes plages de Saint Palais et de la Palmyre, puis dans une grande forêt d’essences variées avant de découvrir la mignonne station balnéaire de Ronce les bains. Et la journée s’achève devant une succulente assiettes d’huîtres, locales bien sûr, le regard perdu dans les reflets des bateaux et des cabanes d’ostréiculteurs illuminées par les lueurs du couchant. Nuit dans un confortable hôtel.

9 mai, La Tremblade à Rochefort

Après les plages et les forêts de pins des Landes, c’est un nouveau paysage que je découvre dans les marais de Brouage. La piste traverse diverses zones humides, marais, prairies, canaux, paradis des oiseaux qui, en cette saison, s’activent et piaillent à tout va. Je suis immergé dans un milieu grouillant de vies de toutes sortes, mes yeux et mes oreilles sont ébahis de ces innombrables passages d’oiseaux. Il commence à pleuvoir, mais ça ne dérange ni les oiseaux, ni même moi, trop heureux de ce bain de nature. Le passage de la Charente me laissera un mauvais souvenir, le vieux pont transbordeur que j’avais prévu de prendre est en réparation pour plusieurs années, et j’ai dû prendre le pont routier sur une étroite piste cyclable, à peine séparé des camions, aussi pénible à la montée que dangereuse à la descente. Mais l’arrivée devant l’Hermione à Rochefort couronnera une journée vraiment bien remplie. Nuit dans un modeste bar-hôtel recommandé par l’office du tourisme.

10 mai, Rochefort à Marans

Encore un petit tour dans les marais de Rochefort avant de retrouver l’océan à Chatelaillon. Huîtres au menu d’un pique nique gourmand sur les rochers, sous un beau soleil avec un petit vent frais. Le trajet côtier vers La Rochelle me fera traverser des lotissements de tous styles. La Rochelle est étonnante, riche de son passé vénérable mais un brin délirante avec son port de plaisance géant et des résidences démesurées comme la Porte Océane. Les 24 km du Canal de Rompsay jusqu’à Marans m’ont paru longs, surtout à la fin où il n’est pas bordé d’arbres : un premier sentiment de lassitude vite estompé par un très bon accueil en chambre et table d’hôtes. La petite ville de Marans sent la province en déclin, après une belle époque de commerce florissant. Repas et nuit en chambre d’hôtes dans une grande maison bourgeoise.

11 mai, Marans aux sables d’Olonne

Matinée un brin morose qui commence sous un ciel gris par 20 km le long de canaux tristes, sans arbres, ou sur des routes droites entre des champs de maïs, et qui continue par la traversée de la baie de l’Aiguillon, tristement célèbre depuis la tempête Xynthia. Suit une après-midi pluvieuse et venteuse le long de paysages que je connais maintenant bien : plages et forêts de pin. Les marais de Jard seront quand même une belle découverte. Une journée un peu triste qui s’achève heureusement sous un beau soleil aux Sables d’Olonne que je trouve bien animée. Nuit à l’hôtel sur le port (La promo de Booking!)

12 mai, Les sables d’Olonne à Notre Dame de Monts

Encore une journée sous un ciel gris. Je traverse une jolie zone de marais au nord des Sables. Je retrouve à Brem sur mer et Bretignolles une partie de la côte où j’ai séjourné en 2010 ; je trace la route assez vite avec un cycliste de rencontre. Plus au nord, c’est Saint Gilles Croix de Vie à la fois vieux port encore très actif et cité balnéaire qui a son heure de gloire depuis plus d’un siècle si l’on en croit le style architectural de nombreuses villas imposantes ou colorées. Je plonge encore à Saint Jean de Monts dans le joyeux béton des années 1970, avant d’atteindre mon hôtel et sa piscine, pas indispensable, à Notre Dame de Monts.

13 mai, Notre Dame de Monts à Saint Michel Chef-chef

La journée s’annonce maussade mais pas désagréable pour pédaler. Je traverse la belle forêt des pays de Monts avant de quitter le continent pour l’île de Noirmoutier et ses nombreux étangs ou grèves, paradis des oiseaux. Mais pour continuer vers le Nord, la route la meilleure consiste à emprunter le célèbre passage du Goix, à marée basse évidemment ! Il me faudra attendre une paire d’heures, vaguement à l’abri d’un vent fraîchissant, avant de franchir le passage, parmi les premiers !

C’est ensuite la longue baie de de Bourgneuf que je vais longer durant 15 km dans une zone de marais asséchés traversée d’étiers sur lesquels de petits ports ont été improvisés dans la vase, un coin pas bien touristique malgré sa richesse naturelle ; les arbres y sont rares.

Je retrouve là mon beau-frère venu à ma rencontre, avec qui je roule à bonne allure jusqu’à Saint Michel Chef-chef où nous chargeons les vélos dans sa voiture pour passer la Loire tranquillement par le pont de Saint Nazaire. Ce pont est un enfer de cycliste, surtout pour les randonneurs chargés comme moi, car la piste cyclable n’est limitée que par une bande de peinture ; il vous faut grimper péniblement cette belle pente (classée en 4e catégorie des côtes du Tour de France !) généralement bien ventée, les camions passent à 70 km/h à un mètre à votre gauche et vous avez à droite le parapet et 60 mètres de vide ! L’expérience déjà assez difficile du pont sur la Charente m’a ôté toute envie de tenter le franchissement de ce pont à vélo.





La Loire à Vélo

16 mai, de St Malo de Guersac à Nantes

Après trois jours en famille, sous un rythme de vie imposée par la nombreuse bande, je repars avec mon beau-frère pour rejoindre la piste de la Loire à Vélo. Nous longeons l’estuaire de la Loire, à quelques centaines de mètres de la rive, sur des routes très peu fréquentées. Le temps est idéal, frais, ensoleillé avec des passages nuageux, nous entendons de multiples oiseaux, passereaux invisibles mais bavards et enjoués. A Lavau, je continue seul sur la rive droite jusqu’au bac du Pellerin où je rejoins la piste officielle « la Loire à Vélo » sur la rive gauche. Le passage sur la bac est toujours un moment amusant, le degré 0 de la croisière, mais croisière quand même ! La piste longe la Loire selon un trajet assez compliqué jusqu’à l’entrée de Nantes par Trentemoult, faubourg de Nantes en pleine mutation. Je reste rive gauche au niveau de Nantes où je ne m’attarde pas car je connais déjà la ville. Soirée banale à l’hôtel « 1ère classe » faute d’avoir pris le temps de chercher un hébergement plus sympa. La reprise du vélo pour ces 70 km m’a redonné mal aux fesses !

17 mai, de Nantes à Angers

Je repars sous un très beau soleil dans un air frais et humide ; en bord de Loire, je traverse des zones humides grouillantes de vie, oiseaux et grenouilles chantent à cœur joie. Cette partie du trajet est vraiment agréable, la piste est très bonne et les paysages traversés superbes : les barques amarrées sur la Loire animent les rives, les villages traversés laissent deviner leur histoire marquée par ce grand fleuve : commerces, mariniers, industries, pêche mais aussi maraîchage. Les multiples perspectives sur la Loire portent à la contemplation. Après cette longue étape de 90 km qui m’a laissé trop peu de temps pour flâner, j’arrive à Angers par le Lac de Maine où je retrouve un ami de longue date qui va m’héberger.

18 mai, d’Angers à Saumur

Après le contournement d’Angers, assez long car Angers est plus en bord de Maine que de Loire, je retrouve les paysages de Loire si majestueux. Pédaler dans la forêt alluviale est un plaisir sans fin ; l’architecture évolue vers le style typique du val de Loire : le tuffeau règne et l’on sent l’inspiration des cités royales. Je rencontre ma première vraie averse qui me fait sortir tout mon équipement « pluie », longue cape rouge et guêtres de toile cirée, qui s’avère bien efficace. Au plus fort de l’averse, je partage un abribus avec trois autres randonneuses moins aguerries que moi aux vicissitudes du climat ! L’arrivée à Saumur est magique, d’une part parce que la piste évite totalement les voies rapides en traversant des zones vertes, et aussi parce que c’est sous un beau soleil que je découvre le château de Saumur. Et je passe une merveilleuse soirée chez des amis d’amis. Comme la journée n’était pas trop éprouvante (75 km quand même !), je trouve encore un peu d’énergie pour visiter Saumur à pied, lorsque le soleil bas illumine les belles façades des places bien animées.

19 mai, de Saumur à Tours

Je pars sous un ciel changeant, je retrouve « ma » ripisylve et les barques de Loire avec un plaisir toujours renouvelé, puis un nouveau type de paysage dans les falaises de tuffeau : maisons troglodytes en bord de Loire et vignobles de Saumur-Champigny sur les côteaux, puis Chinon. Les châteaux se suivent et se ressemblent, un peu : Montsoreau et sa dame puis Ussé et la belle au bois dormant. L’arrivée à Tours est carrément urbaine, et je rejoins un petit hôtel, très bien placé, mais vétuste et bien mal insonorisé : la chambre voisine était occupée par une pensionnaire un peu sourde qui laissé la télé allumée durant une bonne partie de la nuit … Heureusement, j’avais emporté des bouchons d’oreille prévoyant ce genre de situations ! Je découvre en soirée « Tours by night » très animée par les étudiants qui fêtent beaucoup d’événements en cette fin d’année.



20 mai, de Tours à Blois

« La pluie du matin n’arrête pas le pèlerin » dit le proverbe, dont acte ! Malgré la bruine, je pars donc avec cape et guêtres, je longe la Loire dont le niveau est bien haut. Je prends pour une fois le temps de faire une vraie visite touristique : le peu connu Château de la Bourdaisière que je ne découvre pas sous son meilleur jour car il bruine et les dahlias et tomates, spécialités du lieu, sortent à peine de terre. Mais le jardin et le parc me sembleront assez intéressants pour que j’y revienne en été. Passage rapide à Amboise pour saluer Léonard puis grimpette sur les coteaux au milieu des vignes sous un ciel menaçant. L’arrivée à Blois par la Loire offre une perspective majestueuse sur cette ville royale. Je m’installe dans un fort sympathique petit hôtel de la vielle ville avant de repartir courageusement à pied découvrir les ruelles pentues de cette belle ville. Le temps maussade a visiblement découragé les promeneurs de passer la soirée en ville ! Après la médiocre nuit précédente, les 70 km à vélo et les visites du château et de Blois, je m’écroule d’une bonne fatigue !



21 mai, de Blois à Orléans

Je quitte Blois sous un soleil timide qui me laissera une meilleure impression de cette si belle ville. Intrigué par un très long mur de clôture cachant visiblement un parc immense, je découvre indiscrètement le méconnu mais immense Château de Ménars. Après avoir longé une double cathédrale de l’ère atomique, je m’arrête déjeuner sur une autre perle de la Loire : Beaugency. La salle d’arbres en bord de Loire est habitée de plusieurs randonneurs dans mon genre avec qui je discute, en anglais ! Vidéo-gag n’était malheureusement pas là pour assister à l’écartèlement de mon T-shirt qui, mal attaché sur le porte-bagages, s’est pris dans la chaîne du vélo ! La moitié restante finira la randonnée comme sous-cul et chiffon. Après-midi très agréable avec plusieurs découvertes de lieux remarquables qui m’étaient inconnus : Meung sur Loire, Saint Hilaire Saint Mesmin , avant d’arriver tranquillement à Orléans où je passerai la nuit chez des amis. Ce sera le point le plus septentrional de mon périple, à une centaine de km de Paris.



22 mai, d’Orléans à Sully sur Loire

Je traverse les faubourgs d’Orléans sous un ciel gris, remarque au passage quelques maisons insolites, puis rejoins les levées de la Loire sur lesquelles je roule facilement à bonne allure. La bruine s’épaissit, et devient une vraie petite pluie encore fine, pas froide, sous laquelle il n’est pas désagréable de pédaler dans ce monde calme et verdoyant. Dès que je m’arrête, je ressens un peu le froid. Il me faut emprunter quelques kilomètres de départementales avec un peu de circulation automobile que je trouve très désagréable sous cette pluie. Non sans mal, je trouve un endroit abrité pour pique-niquer sous la halle de Chateauneuf sur Loire, avec un petit vent frais dont je me serais bien passé. J’observe les occupants d’une voiture, arrêtés comme moi pour la pause, qui se préparent à fumer un narguilé selon une procédure assez complexe ; j’imagine que ce sont des Turcs en voyage. Le début après-midi sera moins pluvieux, je pourrai profiter du spectacle rare des mouettes et sternes vues de dessus, car elles volent au dessus de la Loire, plus bas que moi qui suis sur la digue. La pluie reprend, durablement, et se refroidit, et moi avec car je suis toujours jambes nues… Je m’arrête à St Benoit sur Loire, à l'abbaye de Fleury où je vais me réchauffer à la librairie monastique ! Je regrette de ne pas avoir emporté de pantalon de pluie. Après cette « petite » journée de seulement 55 km, j’arrive à Sully (sur Loire, évidemment!) un brin humide et froid pour me précipiter à l’hôtel où l’on m’accueille chaleureusement avec un bon thé bouillant qui me réconcilie avec la vie. On me fait gentiment choisir ma chambre entre une bonbonnière rouge vif et un salon mortuaire, plus convenable au vieux randonneur solitaire que je suis. Une fois sec, je profite de la fin d’après midi pour rendre visite au bon Monsieur de Sully avant de me ruer dans un resto asiatique où je vais engloutir une soupe brûlante et un copieux repas.

23 mai de Sully sur Loire à Léré

La nuit a été pluvieuse, si j’en juge l’état des rues, et ce n’est pas fini … en plus la température a baissé ; mais je reprends courageusement la route. Je rattrape une randonneuse très chargée qui avance bien lentement : médecin à la retraite, c’est une habituée des rando à vélo au long cours (elle a parcouru l’Amérique du sud !) et est en route pour la Mer Noire par l’Eurovélo6. Je la doublerai 3 ou 4 fois les jours suivants, car elle roule lentement et s’arrête peu, au contraire de mon rythme.

La pluie persistante me pousse au resto pour le repas de midi, à Gien, une belle petite ville au riche passé, que je ne verrai pas sous son meilleur jour ! Comme les jours précédents, la pluie se calme en début d’après-midi, j’arrive à Briare tout juste humide. Je découvre cette petit ville pleine de multiples attraits : c’est un nœud important de circulation fluviale et le début du canal latéral à la Loire que je vais suivre longuement, sa richesse passée lui a permis d’avoir une belle église couverte des célèbres émaux de Briare.

Les îles de Loire, pas encore toutes submergées, me réservent toujours de jolis spectacles d’oiseaux très occupés en cette période de nidification. Je jette un dernier coup d’oeil technologique puis champêtre avant de me coller devant le poêle de la maison d’amis très accueillants.



24 mai, de Léré à Sancerre

Après une excellente nuit, c’est un soleil encore timide qui nous réveille mais qui se fera de plus en plus agréable au cours de cette journée qui restera fraîche. Le programme est très peu chargé avec seulement 40 km, je commence par traîner un peu à Cosne puis, au lieu de suivre le canal latéral à la Loire, je furète en m’en éloignant un peu pour longer un sympathique vallon sous un beau ciel de traîne et aborder le bas de Sancerre par l’Ouest. Arrivé à Sancerre, je m’installe pour déjeuner au bord du canal et trouve par hasard un hébergement idéal pour les randonneurs. Je grimpe courageusement au vieux Sancerre et profite d’une vue fantastique sur la vallée de la Loire et sur le village. Je passe le début de soirée à bavarder avec mes voisins allemands, en camping car, à qui je fais découvrir le fromage de chèvre local accompagné de Sancerre blanc évidemment. Cette journée plus touristique que cycliste m’a apporté une belle variété de paysages bien différents de ceux des bords de Loire. La nuit sera bien fraîche dans cette tente et je n’aurais pas trop des couvertures des deux lits de ma tente.

25 mai, de Sancerre à Nevers

Le soleil du matin ne suffit pas à sécher rapidement mon linge, bien humide au petit matin, mais il finira de sécher sur le porte-bagages. La piste est bien roulante, le temps beau et frais, j’arrive à la Charité sur Loire pour déjeuner, la Loire est puissante sous le pont. Ce village du livre regorge de curiosité et de clins d’oeil littéraires et de beaux monuments. Retour à la piste du canal, on ne peut plus calme et roulante, avant de bondir à Marseille...s les Aubigny, joli port sur le canal. Avant Nevers, je fais un crochet pour aller voir le bec d’Allier, à son confluent avec la Loire, avant de trouver mon gîte quelques km avant Nevers dans une belle maison de maître situé à flanc de coteau au dessus de la Loire. Je pourrai y prendre mon repas au soleil, devant un panorama bucolique, une belle fin pour une journée idéale, bien équilibrée entre visites et rando, qui plus est sous un beau ciel.

26 mai, de Nevers (Marcy) à Decize

Quelques gouttes de pluie m’accompagnent jusqu’à Nevers en longeant la Loire ; je m’arrête un instant, surpris de voir à cette latitude des guêpiers en veille dans un arbre mort. Malgré la lumière terne de ce matin gris, je m’émerveille devant les perspectives sur la Loire, les nombreux monuments anciens, bien restaurés pour la plupart, et des immeubles bourgeois au style remarquable. Le coeur de l’ancienne ville donne une ambiance bien différente. Bien que je ne la visite pas sous son meilleur jour, cette ville méconnue se révèle pleine de trésors !

Pour cette étape assez courte de 45 km, je ne vais pas suivre la Loire, mais le canal latéral, à quelques km, avec un parcours très facile, un peu monotone, mais traversant de nombreux sites intéressants comme cette chapelle perdue en pleine campagne. Ces longues lignes droites de canal bordées de grands arbres plein d’oiseaux sont toujours pour moi une sorte d’exercice de contemplation. Je rencontre brièvement un allemand de mon âge qui fait un voyage du Portugal à Ratisbonne ! Il me raconte un incident technique qu’il a eu en descendant le col de Roncevaux : jante brisée par la chaleur du freinage !

J’arrive sous un beau soleil à Decize par le port de plaisance et ses jolis gîtes. Decize est un noeud de communication fluvial important entre Loire, Canal latéral à la Loire, Vieille Loire, Aron, Canal du Nivernais, origine d’une ancienne activité commerciale et industrielle florissante dont restent quelques témoins.

Après une bonne bière au soleil à la terrasse d’un insolite bistro littéraire nommé « L’écri-vin » en écoutant Jean Ferrat, je rejoins ma chambre d’hôte, à l’ancienne, chez des agriculteurs retraités.



27 mai, de Decize à Bourbon-Lancy



Voilà encore une journée où je ne verrais que peu la Loire puisque le trajet nous fait passer les premières collines du Charolais, avec bien sûr de jolies petites côtes que je devrais gravir sous le soleil au prix de belles suées, les premières depuis les dunes des Landes. J’ai du mal à trouver un coin pique-nique ombragé dans ce paysage de cultures et d’élevage, je me réfugie dans un chemin creux. J’arrive de bonne heure à Bourbon-Lancy, ce qui me laisse bien le temps de découvrir les multiples facettes de cette petite ville très étendue : vieille ville médiévale sur la hauteur, une ville thermale plus basse, et des industries en bord de Loire. Je suis très bien accueilli à la chambre d’hôtes que j’ai réservée par le jeune couple de propriétaires qui ont récemment transformé ce petit hôtel « années 60 » en 5 chambres d’hôtes totalement rénovées : « Le pont de Loire » ; les autres pensionnaires sont un jeune couple d’anglais qui voyagent aussi à vélo avec leur petite fille de 3 ans, nous causons rando à vélo, bien entendu ! Je trouve leur chargement bien excessif et je les avertis des prochaines collines à gravir. Nous profitons d’une authentique limonade faite maison et d’un bon petit repas avant d’aller prendre un verre à la fête des voisins qui se tient de l’autre côté de la route devant une mystérieuse machine : une ancienne glacière, qui produisait de la glace à partir d’eau de Loire et d’une machine à vapeur.

Je commence à m’installer dans ma peau de voyageur, selon une quasi routine.



28 mai, de Bourbon-Lancy à Paray-le-monial par Digoin

Je démarre tranquillement avec la perspective d’une journée plutôt facile avec une étape de seulement 50 km, pratiquement sans dénivelé, d’abord sur une voie verte, ancienne voie de chemin de fer, puis le long du canal latéral à la Loire : je ne ferai que croiser deux fois la Loire avant de la quitter pour de bon à Digoin, non sans émotion après deux semaines en sa compagnie.

Je fais une longue pause à Digoin, autre nœud fluvial majeur puisque c’est la jonction entre le canal du Centre et le canal latéral à la Loire, au dessus de la Loire. Après ce dernier pique-nique en bord de Loire sous un beau soleil, je visite l’Observaloire, un petit musée de la Loire, de ses canaux, de la vie des mariniers. Je musarde dans les rues de cette petite ville dont l’heure de gloire est passée, semble-t-il, puis j’entame ma première étape le long du canal du Centre que je vais suivre longtemps jusqu’à Chalons sur Saône.

J’arrive assez tôt à Paray le monial pour visiter la magnifique basilique et les bâtiments religieux qui l’entourent, formant ce célèbre site de pèlerinage. Le centre ville me réservera la surprise de plusieurs hôtels particuliers remarquables, preuves de la longue prospérité de cette ville. Je rejoins mon hôtel juste quelques minutes avant un gros orage dont je pourrai constater les effets le lendemain ! Puis repas en chambre, au sec !









De Digoin à Belfort, par les canaux du Centre et de l’Est

29 mai : de Paray-le- monial à Dennevy

Après le gros orage de la nuit, je démarre sous un ciel encore chargé, et constate que cours d’eau et les fonds de vallée sont largement inondés. Mon parcours passe par des petits coteaux qui me donnent une belle vue sur cette campagne particulièrement verdoyante car trempée !

Je découvre le magnifique château de Palinges dont j’ignorais l’existence. Il n’est pas ouvert à la visite ce matin là malheureusement car je m’y serais bien arrêté.

J’arrive vers 13 h à Montceau les mines que je découvre sous de multiples aspects : l’ancienne ville minière en déclin, mais aussi un centre ville apparemment dynamique, et des espaces verts exceptionnels aménagés sur d’anciens terrains miniers.


Je traverse encore quelques coteaux qui m’offrent de belles perspectives sur cette partie de la Bourgogne et les premières vignes de cette appellation.

Après une journée bien remplie de 80 km, j’arrive dans le petit village de Dennevy, où je trouve ma chambre d’hôte sur ma route, pour une agréable et tranquille soirée.


30 mai : de Dennevy à Chalon sur Saône


Revoilà la pluie fine qui m’accompagne depuis plusieurs jours, une pluie pas très désagréable car elle mouille à peine et il ne fait pas froid, mais elle rend les paysages tristes et les pauses inconfortables. Je fais une courte pause dans la petite ville industrieuse de Chagny.

La piste est excellente le long du canal du Centre, bien roulante et très calme, on s’en doute. Après cette courte étape de 35 km, j’arrive assez tôt à Chalon pour faire un tour rapide du centre et surtout visiter longuement le Musée de la photographie, car nous sommes au pays de Nicéphore Niepce.

Etant donné la météo encore maussade pour le lendemain, et que j’ai trouvé un bon petit hôtel économique, je décide de m’accorder « une pause météo » de 36 heures dans cette petite ville qui s’annonce assez intéressante. Repas au resto.


31 mai : pause à Chalon


Journée finalement assez occupée avec du courrier et du web le matin, un peu de promenade en ville sous la bruine, un bon resto pour découvrir les vins de la côte chalonnaise, une bonne sieste et une longue promenade dans les rues de de Chalon, à la découverte des multiples bâtiments remarquables.

Cette journée libre me fait vivre un nouveau genre de solitude, sans programme pré-établi comme les autres jours de randonnée ; je choisis de remplir modérément l’agenda de cette journée pour prendre le temps de profiter de l’instant.


1er juin : de Chalon à Seurre


Mon arrêt d’une journée n’a pas suffi à laisser passer la pluie ; la bruine m’accompagne durant la matinée en longeant les berges de la Saône inondés, mais sans gêner le passage, la voie cyclable est encore quelques centimètres en dessus du niveau de la Saône. Je côtoie un moment le Doubs à Verdun avant de repartir vers la Saône. Je retrouve la randonneuse au long cours avec qui je pique-nique en bord de Saône. La Saône est partiellement doublée de courts canaux. La petite ville de Seurre a été fort active à une époque semble-t-il : un grand hôpital, et de très belles maisons. Je fais les derniers des 50 kilomètres sous un très beau temps jusqu’au petit village de Lanthes où je trouve mon gîte, dans une atmosphère familiale fort animée.


2 Juin : de Seurre à Dôle


Triste matinée qui commence sous une vraie pluie battante ; comme je n’ai « que » 50 km à parcourir ce jour là, je temporise en bouquinant, mais la pluie ne cesse pas … à 11h je m’équipe « grand pluie », et je pars quand même ; je prends une seule photo le matin, le nez dans le guidon, encapuchonné par ma cape de pluie. Mon smartphone est vraiment bien étanche ! La pluie a cessé lorsque j’arrive à St Jean de Losne, petite ville que je découvre, pleine de curiosités. C’est un nœud fluvial important puisque c’est d’ici que part le canal de Bourgogne. De ce fait, c’est une gare d’eau encore importante. Le temps est trop humide pour un pique nique, un kebab en salle fera mon repas.

A quelques kilomètres de là, je franchis un autre nœud majeur : la jonction à la Saône du canal du Rhône au Rhin que je vais suivre jusqu’à Montbéliard par divers cours d’eau. Intermède industriel à Damparis avant de d’entrer dans Dôle sous une petite pluie qui revient. Je fonce à l’office du tourisme qui me trouve bien vite un bon petit hôtel pas cher, j’y dépose mes bagages et fait un grand tour de la ville à pied (à pieds vite mouillés). Cette jolie ville bâtie sur un berge escarpée du Doubs ne se montre pas sous son meilleur jour, la lumière est sinistre, et les rues sont presque désertes. Les commerces du centre-ville semblent boudés par les Dôlois qui sont sûrement tous dans les galeries marchandes de la périphérie. Ces centre-villes de province meurent lentement, seulement animés par les rares bistrots qui ne doivent vraiment se remplir que lors des belles soirées d’été .


3 Juin : de Dôle à Besançon


Je reprends encore la piste sous la bruine, mais avec une température assez agréable. Longer ce canal verdoyant sous un ciel gris poursuit cette ambiance sereine que j’apprécie assez. Je me sens un peu escargot à progresser lentement dans cet environnement vert et humide, avec un peu de ma maison sur le dos. Quelques curiosités égayent ma journée : la percée de Thoraise, un élevage d’escargots, des canoës de compétition, des lamas. Chaque village traversé a sa petite originalité église ou mairie, ou maison insolite. La vallée du Doubs est de plus en plus belle, commençant à prendre des aspects montagnards ; quel dommage qu’un rayon de soleil ne vienne sublimer ces paysages !

Je rencontre une randonneuse canadienne qui fait la route avec son petit chien sur le porte-bagages, passeport très efficace pour bavarder avec les randonneurs ou autochtones ! Je retrouve la randonneuse au long cours, arrêtée chez un vélociste.

L’arrivée à Besançon par l’aval du Doubs donne l’impression d’être écrasé par le relief imposant de part et d’autre de la rivière : Besançon a été bâtie sur un goulot du Doubs, ce qui en a fait un lieu stratégique de défense de toute la haute vallée.

Je profite de cette longue soirée de juin pour arpenter la vieille ville et reçoit un réel « choc ésthétique » (Syndrome de Stendhal ?) devant la multiplicité de très beaux monuments, publics ou privés . Cette ville dont je ne connaissais presque rien a accumulé des merveilles architecturales durant des siècles de prospérité. Les réalisations récentes sont aussi faites avec goût et modernité.


4 juin : de Besançon à Rang (L’Isle sur le Doubs)


Encore une journée maussade, qui ne me laissera voir que de brefs coins de ciel bleu. Je quitte Besançon par un tunnel, expérience rare à vélo !

Je suis contrarié par la perte de ma belle casquette « Stetson », probablement tombée de ma sacoche mal fermée à Besançon. Cet incident mineur me casse un peu le moral ! On est si sensible à mon âge ! Les paysages, de plus en plus beau en remontant le Doubs, me ragaillardissent. Je visite assez longuement une des perles de la vallée : Baume les Dames, riche de très belles architectures.

Après un passage au pays des pipes, je continue à découvrir le Doubs jusqu’au petit village de Rang où je loge en chambre d’hôtes. Je bavarde longuement avec l’hôtesse à propos de mon voyage en solitaire, ce qui lui rappelle certaines pages de Paulo Coelho qu’elle me propose de lire.

5 Juin : de Rang à Belfort


Le soleil est enfin revenu lorsque je fais le marché à L’Isle sur le Doubs ; une fois que j’ai racheté une jolie casquette d’été pour remplacer ma « chère » Stetson perdue, je retrouve l’entrain des meilleurs jours ! Je continue à remonter le Doubs jusqu’à Etouvans, puis le quitte peu après à pour remonter l’ Allan qui m’amène à Montbéliard que j’aborde par le port fluvial. Voyager à vélo par les chemins de halage permet de rentrer dans les villes par des voies insolites, nous qui sommes habitués à y pénétrer à travers des échangeurs routiers ou des gares ferroviaires.

Je flâne à Montbéliard, le temps de découvrir cette petite ville restée modeste jusqu’au développement des usines Peugeot . Je prends le temps d’en visiter le musée et d’y découvrir quelques curiosités.

Le canal que je vais suivre pour faire les derniers 10 km qui me séparent de Belfort s’appelle « le canal de la Haute Saône » et double la Savoureuse. Surprise de découvrir une base nautique sur ce chemin avant de prendre une douche très naturelle car tombée du ciel !

Mais c’est avec le soleil que je pénètre dans Belfort pour y découvrir une très belle ville que je continuerai à visiter le lendemain.


6 Juin de Belfort à Chèvremont


Journée touristique à Belfort puisque je n’ai que 5 km à parcourir jusqu’à l’étape du soir. Bon touriste, je commence par visiter la citadelle qui a été longtemps la raison d’être de Belfort du fait de sa position stratégique. Un visite qui montre évidemment le génie de Vauban, mais surtout évoque la riche histoire de cette ville, enclave francophone en pays alsacien, et l’épisode héroïque du siège de 1871 que célèbre le fameux Lion de Belfort. J’apprends qu’un autre des visiteurs de la citadelle sera ce matin-là le prince Albert de Monaco ; je ne résisterai pas à aller écouter un peu plus tard son discours tout à fait écologique ! Je vais pique-niquer dans un jardin du centre-ville près du « monument du souvenir » devant lequel je vois arriver un officier français de petite taille mais en grande tenue, de type indien ou asiatique ; il fait un salut militaire, se recueille un instant, puis va s’asseoir sur un banc. Après mon pique-nique, je profite de l’occasion pour aller engager une conversation étonnante qui commence par les bienfaits du maintien de la paix par les militaires pour s’achever par les mystères de la réincarnation …

Un petit tour dans Belfort le nez en l’air, pour profiter des belles façades généreusement ensoleillées, puis je parcours les derniers kilomètres sous un beau soleil jusqu’au petit village de Chèvremont, avant une chaleureuse soirée entre amis, dernière nuit en France avant la Suisse.




Le Jura Suisse : de Belfort à Genève, par Bienne et Neuchâtel


7 juin : De Chèvremont à Delémont


Un beau soleil illumine cette journée exceptionnelle qui va me faire passer en Suisse et surtout franchir mon premier col du Jura ! Je suis un peu inquiet, mais j’ai prévu une étape raisonnable (50 km) afin d’être à peu près sûr d’y arriver, même en progressant très lentement, voire marcher à pied si nécessaire. Je vais avoir à faire pour la première fois 500 m de dénivelé avec un vélo chargé.

Je parcours allègrement les 15 premiers km qui m’amènent au village frontière : Delle en France et Boncourt en Suisse. Je passe la frontière sans aucune formalité par une piste cyclable et découvre ce premier petit village suisse déjà bien marqué par une architecture et un urbanisme bien différent de ceux du côté français. Le trajet (Itinéraire 64) jusqu’à Porrentruy est facile et agréable : la piste est le plus souvent en site propre et la pente est faible.

La pluie m’accueille à Porrentruy, petite ville pleine de beaux bâtiments de tous styles, des plus classiques aux plus kitsch. Je continue courageusement sous la bruine pour gravir le plus haut des cols de mon périple : le col des Rangiers à 856 m. Je suis ma stratégie prudente de « monter le plus lentement possible » ce qui me permet d’arriver en haut sans souffrir, en ayant fait seulement quelques centaines de mètres à pied, deux ou trois sections où la pente doit excéder 10 %. Je suis à en bonne forme et rassuré d’avoir passé l’épreuve avec succès. La rencontre avec un randonneur à moto me permettra d’avoir une bonne photo de l’événement.

La température est fraîche, autour de 10°, très agréable pour grimper, mais bien fraîche pour descendre. Comme c’est ma première longue descente, je ne me suis pas méfié, et me suis insuffisamment couvert, sans gants ; j’arrive frigorifié ! Et je bénis mes freins à disque qui n’ont pas chômé dans cette longue descente. Je regrette de ne pas avoir plus de soleil pour admirer ces paysages merveilleux.

Je prends le temps de flâner à Delémont avant de rejoindre l’auberge de jeunesse où je vais dormir.

Alors que je regardais une vitrine de magasin, une dame assise à côté contemplait mes jambes, nues et poilues, les cuisses moulées par le cuissard, et finit par me dire : « Monsieur, vous avez de belles jambes ! » je suis un brin surpris par ce compliment que je reçois pour la première fois et lui réponds par un sourire ! Cette anecdote m’a enfin donné la justification de ce long périple : « Pour me faire une belle jambe » !

L’auberge de jeunesse est quasi vide, j’y passe une soirée et une nuit bien tranquilles, très détendu après cette journée qui m’inquiétait un peu.



8 juin : De Delémont à Erlach


Encore une journée qui s’annonce assez dense, avec un autre col à franchir, 460 m de dénivelé et environ 55 km et surtout une météo très incertaine, mais le moral est bon après le succès de la veille.

La sortie de Delémont est franchement désagréable, il n’y a aucun aménagement cyclable, je dois rouler sur une route étroite très fréquentée par les poids lourds, et en plus il pleut ! Je suis prêt à prendre le train pour éviter ce genre de route sans intérêt et dangereuse. Mais au premier village, l’itinéraire cyclable quitte la route pour devenir une merveilleuse piste serpentant au milieu des prairies fleuries, et la pluie s’est arrêté : me voilà passé en 10 minutes de l’enfer au paradis du cycliste.

En fin de matinée, le temps se gâte et une grosse averse orageuse me surprend juste en quittant le dernier village, avant la montée au col, je profite d’un supermarché pour m’abriter du gros de l’averse, mais je dois quand même repartir et grimper le col sous la pluie, sur une route très peu fréquentée.

Je m’équipe un peu mieux pour la descente, mais échaudé par l’expérience du matin, je suis sagement les conseils de Veloland et prend le train pour la dernière section qui rentre dans Bienne/Biel, ce qui me permet de sécher un peu ...

J’arrive en gare de Bienne, l’ambiance de la ville est germanique, dans ce canton de Berne. Je fais un petit tour rapide du centre ville, le temps de découvrir quelques curiosités, et rejoint rapidement le bord de ce très beau lac de Bienne que je vais longer jusqu’à son extrémité sud à Erlach. Je suis maintenant l’itinéraire 50 dit « du pied du Jura » qui va m’amener jusqu’à Genève.

Le soleil sublime enfin ce paysage si beau, mais pas pour longtemps …

Un gros orage arrive et je ne pourrais pas vraiment m’en protéger … J’arrive donc les pieds trempés au B&B que j’ai réservé Erlach, chez une vieille dame, qui ne parle ni français ni anglais ; elle fait de très amusants modelages en terre cuite émaillée.

Je mets à sécher mes vêtements avec les deux radiateurs électriques de ma chambre puis, une fois l’orage passé, je vais profiter au bord du lac de la magie de ces ambiances d’après orage.


9 juin : de Erlach à Yverdon les bains


Journée tranquille en perspective puisque je n’ai qu’à longer le lac de Neuchâtel d’un bout à l’autre sur 42 km.

Je commence par visiter le haut du village d’Erlach sous une petite pluie qui va vite s’arrêter (« La pluie du matin n’arrête pas le pèlerin! ») puis franchis rapidement les quelques km entre les lacs de Bienne et de Neuchâtel, en partie le long du canal qui joint les deux lacs. J’arrive donc sur le lac par Neuchâtel qui en ferme l’extrémité nord. Je découvre les multiples aspects de cette grande ville : nautisme, industrie du luxe, patrimoine religieux, et de nombreux riches immeubles de tous âges. Le bon soleil me permet un pique nique les pieds dans l’eau, et va rendre merveilleux tous les beaux sites que je vais traverser cet après-midi : plages, vignes, ports. Ce sera une des plus agréables journées de mon périple. Un tout petit regret d’avoir quand même dû parcourir une dizaine de km en bord de route, mais sur une voie bien aménagée et sans trop de circulation.

J’arrive à mon gîte au bout du lac, à Yverdon, largement à temps et encore bien en forme pour pouvoir repartir en soirée faire un petit tour en ville et photographier quelques belles façades illuminées par le couchant.


10 juin : de Yverdon les bains à Aubonne


Cette journée s’annonce plus physique que celle de la veille puisqu’il faut franchir le seuil entre les lacs de Neuchâtel et Genève, et que j’ai choisi en plus de le faire par le pied du Jura, ce qui n’est pas le plus facile, mais qui est plus agréable car je crois que la piste qui longe le Léman est souvent coincée entre des routes le long du lac et elle manque de perspectives. Me voilà donc avec la perspective d’une journée à 600 m de dénivelé cumulé pour monter à seulement 750 m avec plusieurs petites côtes, mais « même pas peur » après mon entraînement des jours passés!

Je quitte Yverdon par la plaine de l’Orbe, riche et fertile ; je traverse de grandes zones maraîchères qui me donnent de la Suisse une image agricole que j’ignorais ! Pourtant les Romains avaient déjà repéré le bon coin, et y avaient installé une grande villa Urba dont il reste de splendides mosaïques que je prends le temps de visiter. Je traverse la petite ville d’Orbe, bien animée ce jour de marché, puis j’aborde courageusement les coteaux sous ce qui commence à être une bonne chaleur. Pause bavardage avec un cyclophile avant de rouler jusqu’à ce petit trésor caché qu’est RomainMôtier et son abbaye.

Encore quelques dizaines de km de coteaux verdoyants sous un ciel menaçant avant d’arriver sur un balcon du Léman . Comme je dois quitter ma « route 50 » bien balisée pour rejoindre mon gîte, je fais appel à mon navigateur GPS en mode « vélo » lequel me fait passer par des chemins VTT boueux impraticables pour ma monture lourdement chargée ! Il me faut rebrousser chemin et choisir le trajet en mode « Voiture » c’est à dire une route bien plus longue à fortes pentes … J’arrive un brin fatigué chez mes hôtes qui m’accueillent fort bien autour d’un bonne assiette de pâtes. Je retrouve un peu d’énergie pour profiter en soirée de l’exceptionnel arboretum dont ils sont les voisins.


11 juin : de Aubonne à Saint Julien en Genevoix


La pluie de la nuit s’est prolongée jusqu’au matin par quelques gouttes sous lesquelles je rejoins les coteaux du lac Léman : la vue est déjà très belle, mais l’horizon est bouché, j’aperçois à peine la chaîne du Mont Blanc ; il me faut rapidement remettre la cape de pluie car une longue averse vient me pourrir cette matinée qui aurait dû être la plus belle du voyage. Je traverse Nyon et les riches communes du bord du lac par des voies bien tranquilles qui me permettent de pénétrer dans ces beaux quartiers si bien situés ; je suis au cœur de la Suisse riche. L’arrivée dans Genève emprunte des voies quelquefois très tranquilles mais aussi des voies principales. Je m’attarde peu dans Genève où j’ai séjourné récemment, je salue mais quitte le Rhône que je vais bientôt suivre longuement, je passe la frontière à Perly et rejoins Saint Julien en Genevoix où je retrouve de la famille qui va m’emmener en voiture jusqu’à Annecy pour un court séjour.


L’épisode suisse se termine, me laissant le souvenir de chaleureux accueils dans tous les gîtes, de paysages sublimes, quoique un peu trop humides à mon goût, de très belles villes et de bonnes montagnes que j’ai su gravir allègrement !



Savoie, Bugey, l'Ain et Lyon

De Annecy à Seyssel par les collines,

de Seyssel à Lyon par la ViaRhôna



Lundi 13 juin : De Annecy à Chanaz


Après une journée de repos en famille, je reprends la route selon un trajet calculé par le site Geovélo, en cherchant à minimiser le dénivelé tout en évitant les routes à grande circulation, ce qui est difficile dans cette région montagneuse. Je commence par traverser l’agglomération d’Annecy par un trajet assez compliqué de voies cyclables, bas côtés, et petites routes jusqu’à arriver à Sillingy où j’arrive vraiment en campagne. A près quelques km de route, je dois prendre un chemin de terre, vraiment pas confortable avec mon type de vélo, et carrément impraticable lorsque ce chemin monte ; je ferai donc quelques centaines de mètres à pied, dans un très bel environnement, avec une belle vue.

Parti sans pique-nique, j’ai la chance de trouve rune épicerie de village où je me fais faire un royal sandwich avec un Saint-Marcellin bien fait ! C’est après encore quelques km de routes départementales vallonnées que je dégusterai ce délice réconfortant devant le Château de Clermont, toujours sous un ciel gris laissant encore échapper quelques gouttes.

Depuis Clermont, il suffit de laisser glisser sur une jolie petite route en lacet pour découvrir le Rhône et la petite ville de Seyssel où je peux me raccrocher à la ViaRhôna que je vais suivre dorénavant. Sous un ciel toujours gris, je longe cette rivière impétueuse qu’est le Rhône dans cette région, tour à tour enchâssé entre les montagnes, ou bordé de larges zones humides. J’arrive sous quelques gouttes à l’hôtel près de Chanaz, au bout du lac du Bourget ; ce sont les conditions idéales pour déguster une assiette de cuisses de grenouilles !


Mardi 14 juin : De Chanaz au Montellier (Ain)


Après une nuit pluvieuse, je découvre le lac encore bien brumeux. Je me préoccupe de trouver un logement pour le soir, mais après une heure de téléphone et d’Internet, rien ne s’avère disponible dans la zone où je pensais m’arrêter ; un hôtelier m’informe qu’une entreprise a un gros chantier dans le coin et a loué tous les hébergements pour ses ouvriers. Comme l’étape suivante était prévue dans ma famille et que je peux donc y arriver tard, je décide de doubler l’étape du jour et de partir pour 110 km. La journée sera donc longue et intense, laissant peu de place au tourisme.

Je traverse rapidement le joli village de Chanaz, plein d’attraits ; le Rhône continue de m’offrir des perspectives variées. La piste suit les digues lorsque le Rhône est canalisé, ou des routes plus fréquentées le long de l’ancien cours du Rhône.

Quelques rencontres insolites égayent ma randonnée qui est carrément sportive aujourd’hui : tondeuses animales ou bateau végétal. Je fais connaissance avec deux randonneurs à vélo, plus jeunes et plus rapides que moi, auxquels je m’accroche quand même pendant une dizaine de km, ce qui est très bon pour ma moyenne, mais un peu fatigant à la longue...

Après Grôlée, j’abandonne provisoirement la Viarhôna qui s’écarte trop du Rhône pour emprunter une route départementale plus directe, mais plus fréquentée et moins plate. Cette route me permet de voir de mes yeux la célèbre centrale de Creys-Malville. Le retour du soleil me permet enfin de faire des photos un peu plus vivantes du turbulent Rhône échappé d’un barrage.

Après Lagnieu, j’abandonne la vallée du Rhône qui repart vers le sud, pour me diriger au nord-ouest vers le plateau de la Dombes où je vais retrouver ma famille. Je suis l’itinéraire proposé par mon navigateur OSMand+, lequel me fait passer par des petites départementales mais aussi par quelques chemins de terre assez rustiques.

J’arrive enfin au pied de la cité médiévale de Pérouges que je me garde bien de monter visiter, pour garder le peu d’énergie qui me reste pour gravir les 50 mètres de dénivelé qui me séparent de la Dombes où j’arrive à une heure encore raisonnable, mais bien fatigué après cette double journée de 110 km à rythme soutenu.

J’aurais ce jour là flirté avec mes limites physiques et malheureusement vu trop vite la région que j’ai traversée.


Mercredi 15 Juin : Le Montellier


Journée de repos au Montellier, promenade à pied au bord des étangs. Je ressens des courbatures, conséquences de la rude journée de la veille, pour la première fois de mon périple.


Jeudi 16 juin : Du Montellier à Neyron


Toute petite étape de 25 km qui va me mener dans un autre lieu familial. (Étant originaire de Lyon, je fais la tournée de la famille à vélo.)

Je redescends très vite à Montluel puis vers le Rhône à Jons pour retrouver la ViaRhôna à au moment où elle rentre dans l’immense parc de Miribel-Jonage que je traverse de bout en bout en flânant dans les divers sites qui le composent.

Cette trop courte journée de vélo m’a paru un peu ennuyeuse !


Vendredi 17 juin : de Neyron à Grézieu-la-Varenne par Lyon


Encore une journée assez courte puisque je vais me diriger vers un autre foyer familial de l’agglomération lyonnaise, par un itinéraire d’une trentaine de km.

Je retourne dans le parc de Miribel Jonage pour joindre le centre ville de Lyon par la ViaRhôna rive gauche : la voie est excellente, bien séparée des axes routiers ; elle amène directement au superbe Parc de la Tête d’or que je traverse en flânant.

Après une pause en centre-ville, je pars vers l’ouest en traversant la colline de la Croix-Rousse, la colline des canuts (les tisserands lyonnais), par un tunnel récemment attribué aux trolleybus, piétons et cycles.

C’est ensuite une assez pénible montée sous le soleil jusqu’à Grézieu-la-Varenne, au pied des monts du Lyonnais, dans une zone très vallonnée et urbanisée où les pistes cyclables sont rares et les routes pentues et encombrées.


Je ferai là une longue pause en famille avant de reprendre la route une semaine plus tard.






D’Annonay au sud de l’Ardèche

par la ViaRhôna


Dimanche 26 juin : D’Annonay (Ardèche) au Pouzin : 80 km


Comme la ViaRhôna n’existe pas sur les 15 km au sud de Lyon (il est recommandé de prendre le train de Lyon à Givors), et que j’avais l’opportunité de me faire transporter jusqu’à Annonay, j’ai profiter de l’occasion qui m’a permis de découvrir un peu plus que la vallée du Rhône. J’ai donc « manqué » quelques jolies sections de la ViaRhôna entre Givors et Saint Vallier.

Après cette longue pause imposée par d’autres activités, je retrouve mon vélo avec grand plaisir pour une randonnée qui commence par un promenade de feignant puisque c’est la descente de la vallée de la petite rivière la Cance : 15 km en pente douce dans une vallée quasi déserte ! Un rêve de cycliste.

J’arrive donc assez vite au bord du Rhône où je retrouve évidemment la ViaRhôna sur un beau parcours très bien aménagé sur cette partie. La piste est souvent très près du Rhône,rive droite, mais s’en écarte par endroits pour faire découvrir les côteaux ou les affluents.

Je change de rive à La Roche de Glun. Les multiples barrages qui se succèdent créent des plans d’eau calme et des zones turbulentes.

Je traverse Valence en milieu urbain en franchissant l’autoroute et le joli parc public puis repars rive droite quelques km plus loin. Après la traversée de jolis villages, Le grand barrage de Beauchastel me donne l’occasion d’assister à l’amusant spectacle d’un immense bateau croisière traversant une écluse.

A la Voulte, la ViaRhôna repasse rive gauche jusqu’au Pouzin par une voie très bien aménagée derrière la digue.

Une assez longue étape de 80 km environ, peu fatigante grâce à la descente de la Cance et au vent du nord, sous un beau soleil. J’ai peu fait de visites dans cette région que je connaissais un peu.

Nuit au Pouzin dans un hôtel moderne.


Lundi 27 juin : du Pouzin au confluent du Rhône et de l’Ardèche. 75 km


Départ sous un beau soleil qui ne me quittera pas, pour emprunter un petit joyau qu’est la voie verte de la Payre qui s’éloigne un peu du Rhône pour remonter une petite vallée qui monte vers Privas. Ce trajet évite de prendre l’ancienne N86, car il n’y pas de voie cyclable aménagée en bord de Rhône. Cela permet de varier les paysages.

Retour en bord de Rhône à Meysse, puis on longe le Rhône sur les digues.

Rochemaure offre diverses curiosités, des plus anciennes, aux plus modernes ou au plus rustiques !

Et c’est à nouveau le Rhône canalisé que je longe à vélo-voile, poussé par fort Mistral.

J’arrive ensuite dans l’antique ville de Viviers où je m’attarde pour visiter la cathédrale et les rues du village puis pique-nique sur l’esplanade du château.

La ViaRhôna est interrompue le long du Rhône du fait d’un petit affluent qui déborde et qui est devenu infranchissable, il faut prendre par d’autres petites routes.

Retour au Rhône pour le découvrir dans le défilé de Donzère, en amont du grand barrage. La ViaRhôna serpente au milieu des cultures sur une presqu’île entre deux bras du Rhône avant de revenir rive droite à Bourg Saint Andéol, autre merveille de la vallée que je ne visite que très vite car je dois encore faire un assez long trajet incertain avant mon étape du soir.

En effet, je quitte définitivement la ViaRhôna, qui n’existe plus vraiment au sud de Bourg Saint Andéol, pour « faire ma route » dans les collines et rejoindre St Paulet de Caisson, tout près de Pont Saint Esprit, sur les rives de l’Ardèche. Le parcours est vallonné, quelquefois bien pentu, mais offre de jolies surprises et perspectives. Je traverse un joli village sous ce beau soleil et arrive enfin à l’Ardèche où je me baigne voluptueusement dans l’eau fraîche avant de rejoindre mon (vieux) mobile-home dans un camping peu recommandable !

Encore une journée bien dense, même trop car je me serais volontiers attardé plus longtemps à Viviers et Bourg Saint Andéol. Physiquement, j’ai bien supporté les multiples petites côtes des dernières collines et ces 75 km enchaînés à bon rythme.


Du nord du Gard à Toulouse

Les collines du Gard et de l'Hérault,

la Montagne noire et le Canal du Midi


Mardi 28 juin : de St Paulet de Caisson à Dions (Gard)


Petit-déjeuner au soleil devant le mobile-home, je calcule ma route avec le logiciel OSMAnd+ de mon smartphone : je vais passer par des départementales assez vallonnées et faire environ 70 km avec 500 à 600 m de dénivelé cumulé.

Après quelques km et déjà de bonnes petites côtes, je tombe par hasard sur la Chartreuse de Valbonne, un monastère que je connaissais pas, et que je décide de visiter. J’en découvre les multiples merveilles dont les deux cloîtres et le grand jardin. C’est dorénavant un hôtel où je me suis promis de revenir.

Après cette longue pause, il me faut maintenant abattre du km sans traîner et sous le soleil qui commence à bien chauffer ; je remarque les jolis villages de Cornillon puis Goudargues, où je me serais bien arrêté longuement. Je traverse rapidement de multiples lieux superbes sous ce beau soleil, franchis quelques jolies côtes en pleine chaleur, avant d’arriver à Uzès dans l’après-midi. J’ai un réel choc esthétique devant le nombre de beaux bâtiments que recèle cette ville ; de plus elle est fort animée par ses habitants et touristes étrangers. Uzès est, paraît-il, plus connue à l’étranger qu’en France, où les gourmands la connaissent surtout pour son usine Zan et Haribo !

Encore quelques petites collines, je franchis le Gardon (sans parapet!) et arrive en sueur sur les hauteurs de Dions à mon gîte « de luxe » où je profite largement de la piscine et de la douce soirée en terrasse ; ce sera une des plus agréables soirées de mon périple.


Mercredi 29 juin : de Dions au Crès(34), près Montpellier.


Encore une belle journée en perspective, moins physique que la veille : 60 km et moins de 300 m de dénivelé positif. Mes yeux se régalent des jolis villages traversés, de châteaux méconnus, avant d’arriver à cette belle ville de Sommières que je découvre sous son meilleur jour. Je m’attable au bord du Vidourle avant une petite sieste, la première de mon périple du fait de la température qui y est enfin propice !

Quelques coups d’œil aux villages traversés, et j’arrive près de Montpellier par une voie assez inadaptée … faute de bien connaître les voies cyclables du pays !


Jeudi 30 Juin : de Montpellier à Poussan, dans l’Hérault


Journée touristique et conviviale : je commence par la visite du Musée Fabre à Montpellier avant de retrouver un ami pour déjeuner sur la plage de Frontignan. La traversée de Montpellier est assez problématique : je ne connais sûrement pas bien toutes les pistes cyclables, mais les franchissements des autoroutes, dont un en travaux, m’ont demandé des acrobaties inavouables …

Enfin sorti de l’agglomération, c’est évidemment tout plat dans ce pays d’étangs, mais on passe de petits chemins tranquilles à des routes quelquefois assez chargées.

Enfin arrivé au bord des étangs sous un ciel chargé de brumes marines, c’est ensuite la mer ! Ce sera évidemment un bon gros bonheur de profiter de la plage encore peu fréquentée ce jour de semaine, sous le soleil qui finit par percer. Un petit tour au bord des étangs avant de rejoindre le joli village de Poussan où je vais passer la soirée entre amis.


Vendredi 1er Juillet : De Poussan à Olargues


Journée chaude et sportive : plus de 90 km et 900 m de dénivelé dans les collines de l’Hérault, en compagnie d’un vieil ami avec qui je vais forcément tenir un rythme moins tranquille que si j’étais en solitaire.

Les arrêts seront brefs : Abbaye de Valmagne, des petits villages, majestueux monuments méconnus, mais, vue la chaleur, nous prendrons quand même le temps d’une bonne sieste à Faugères. Au même endroit, nous nous offrons une revigorante douche grâce au tuyau de caoutchouc que j’ai emporté, branché sur le robinet de la buvette des boulistes !

Après de longues côtes montées en plein soleil, suivies d’un belle descente, nous arrivons enfin à Bédarieux où nous prenons la voie verte PassaPaïs, presque plate et bien ombragée, le dessert de cette journée carrément sportive.

Mon ami prend le train à Bédarieux et je continue seul jusqu’à Olargues où je m’installe pour ma dernière nuit en hôtel que je célèbre avec un bon repas au restaurant. Je trouve encore un peu d’énergie pour faire un peu de tourisme en soirée dans ce si joli village perché.

Je vois poindre la fin du voyage avec des sentiments mêlés : l’inquiétude du retour à la vie « normale » et ses multiples préoccupations et le plaisir de retrouver le confort affectif et matériel du foyer familial.


Samedi 2 Juillet : D’Olargues à Verdalle (Tarn) : 77 km


Je commence la journée par cette belle et longue voie verte PassaPaïs très agréable, en pente douce puisque c’est une ancienne voie de chemin de fer. Il y a toutefois quelques courtes sections à pente forte pour contourner des ouvrages d’art qui n’ont pu être maintenus. Au sommet, la piste emprunte un assez long tunnel qui devrait s’éclairer automatiquement à mon passage, mais … heureusement que j’ai un bon éclairage ! Cet expérience de rouler dans un tunnel est assez étrange.

Comme souvent en Montagne Noire, le temps est gris sur le versant nord, ce qui rend encore plus triste cette petite ville de Labastide-Rouairoux située pourtant dans un beau pays verdoyant.

J’arrive à Mazamet à l’heure du déjeuner, presque reposé après cette longue descente en douceur, et découvre que mon pneu avant est crevé : je répare tranquillement et je peux même me laver les mains à l’eau chaude chez d’aimables coiffeuses qui me soutiennent dans mon minuscule malheur !

Foi de vieux cycliste, je n’ai jamais crevé dans d’aussi bonnes conditions : roue avant, le temps qu’il faut pour réparer, pas de pluie, une crevaison simple, un lieu de réparation tranquille et lavage des mains à l’eau chaude !

Encore quelques jolis km assez vallonnés sur les flancs de la Montagne Noire, puis le temps d’une rencontre insolite, et j’arrive à Verdalle, chez des amis pour ma dernière nuit de voyageur.


Dimanche 3 Juillet : De Verdalle à Toulouse : 90 km


Mon trajet commence avec un air frais sous un soleil timide, présage d’une très belle journée d’été.

Par des petites routes peu fréquentées ce dimanche matin, je rejoins rapidement Sorèze puis Revel où je trouve la Rigole, le petit cours d’eau qui alimente le canal du Midi à son plus haut point, au seuil de Naurouze où je vais le rejoindre. Mais je ne prendrai presque que des routes départementales ou communales pour rejoindre le canal du Midi, car le parcours de la Rigole est bien plus long du fait qu’elle serpente entre les collines. De ce fait, j’aurais à franchir de nombreuses petites côtes dans le Lauragais pour tailler la route au plus court jusqu’au canal. Je vais alors le suivre une vingtaine de km pour arriver à l’heure du pique-nique à Montgiscard où je retrouve par surprise mais triomphalement mes amis rameurs en sortie ce jour là.

Une dernière pause dans un petit coin du canal qui m’est très familier, et j’arrive à la maison, accueilli fortuitement dans la rue par des voisins qui prennent la photo souvenir du retour du cyclo-photographe en pleine forme !

Après les retrouvailles familiales, une douche et une bière, c’est l’heure de défaire les bagages et de remplir la machine à laver, avant de profiter de la douceur d’une belle soirée d’été dans l’intimité familiale …


Epilogue



Voilà la non-aventure terminée : je n’ai pas eu d’accident, je ne suis pas tombé, je ne me suis pas fait voler, pas fait agresser, je n’ai (presque) pas eu d’incident technique, je ne suis pas épuisé, je n’ai pas souffert, je ne suis pas tombé malade, je ne suis pas ruiné et j’ai retrouvé la maison !


Comme je le souhaitais, ce voyage m’a bien remis la tête au calme, m’a remis en forme, m’a immergé dans la nature (souvent humide !), m’a prouvé que j’étais capable de vivre seul 2 mois avec peu de choses (et une carte bleue !), et m’a fait découvrir des centaines de petits coins de France, charmants ou merveilleux.


Comme tous les cyclistes qui font ce genre de voyage, la question qu’on se pose en rentrant, c’est « Quand est-ce que je repars ? »